Energies intermittentes et stabilité des réseaux électriques

La fiabilité des énergies intermittentes

La prédominance historique du nucléaire et du charbon dans nos réseaux électriques a créé un mythe. L’injection d’énergies intermittentes dans le mix énergétique serait néfaste à la fiabilité des réseaux. C’est faux ! Et c’est tant mieux, dans la mesure où le plan énergie-climat de l’Union européenne prévoit 100% d’énergies renouvelables… En réalité, elles sont même plus fiables que les ressources classiques de gaz ou de charbon.

Hetty vous en dit plus sur les exemples à suivre.

 

Le modèle allemand

La principale source d’énergie…

En 2011, l’Allemagne officialisait en pionnière sa décision de renoncer à l’énergie nucléaire, suite à la catastrophe de Fukushima. Suite à cette décision, elle a nécessairement et largement développé les énergies vertes, pour atteindre une part de 40% de son mix en 2018. Elles sont désormais la principale source d’énergie. Aujourd’hui, le pays est un modèle en la matière avec 22% d’énergies vertes dites intermittentes. Pour rappel, ce sont celles qui dépendent de flux naturels et dont la disponibilité varie, par opposition aux centrales au charbon et nucléaires qui fonctionnent en continu.

Or, le Conseil Européen des Régulateurs de l’Energie (CEER) classe l’Allemagne sur la deuxième marche du podium des Etats (derrière la Suisse) qui bénéficient des réseaux électriques les plus stables.

… et moins de coupures de courant !

C’est bien la preuve que les énergies renouvelables intermittentes ne perturbent pas ces réseaux, même dans de fortes proportions. Des experts réfutaient cette possibilité il y a à peine une dizaine d’années. Pourtant, avec 16 % d’éolien et 6 % de solaire, l’Allemagne ne déplore des coupures d’électricité uniquement dues aux conditions météorologiques extrêmes. La BNetzA, (agence fédérale de contrôle et de régulation des réseaux) a d’ailleurs affirmé pour l’année 2017 : « La transition énergétique et la part croissante de la capacité de production décentralisée continuent à n’avoir aucun impact négatif sur la qualité de l’offre ». Elle démontre même le contraire : le temps d’interruption annuelle moyenne de courant par usager est passé d’environ 22 minutes en 2006 à 15,14 minutes en 2017. Aucun lien de cause à effet donc, entre la part croissante des énergies intermittentes et les coupures d’électricité ! Pour information, la France arrive 8ème au même classement.

 

Energies intermittentes et interconnexions

Le Danemark

 Il est quant à lui 3ème en matière de stabilité des réseaux avec 60% de sources renouvelables. La part de l’éolien y est très importante puisque plus de 40% du mix provient de la force du vent. Pour pallier les baisses de régime de cette énergie naturelle intermittente, le Danemark mise sur les centrales à biomasse (16%) qui peuvent servir de régulateur, mais aussi sur l’interconnexion avec ses premiers voisins. Ainsi pour compléter les 42% d’éolien qui sont injectés sur son réseau, le Danemark puise dans les centrales hydroélectriques de la Norvège et la Suède.

 

Les autres exemples

 Outre Atlantique, des rapports récents de Brattle Group et de Analysis Group, prouvent également que les énergies éolienne et solaire sont tout à fait compatibles avec un réseau électrique fiable. Mieux, elles contribuent à prévenir les pannes, réguler la tension et la fréquence. C’est le cas en Californie où la proportion d’énergie solaire est la plus importante des Etats-Unis. Au Texas, c’est l’énergie éolienne qui génère régulièrement entre 30% et 40% des besoins en électricité de l’État.

Pour revenir en Europe, l’Espagne et le Portugal fonctionnent également sur le mode de l’échange d’électricité, reliés par des câbles à haute tension souvent actifs en continu. Idem pour l’Angleterre qui et interconnectée au continent par des câbles sous-marins. Un projet similaire devrait voir le jour en 2016 entre l’Irlande et la France.

Ces modèles mettent en évidence la triple nécessité de :

– développer dans des centrales à biomasse, afin de disposer d’une énergie verte non intermittente ;

– encourager les dispositifs d’interconnexion entre pays pour déplacer l’électricité des pays en surplus vers ceux en déficit de courant ; sur ce point, une directive de l’Union européenne prévoit que  les Etats membres devront disposer de 15% d’électricité disponible pour l’interconnexion à l’horizon 2030.

– imaginer des solutions de stockage efficaces et rentables, telles que les batteries géantes crées par Tesla, déjà actives en Australie et en Belgique, qui ont à la fois démontré grande efficacité et rentabilité.

 

Vous l’aurez compris, les sources d’énergies renouvelables ne compromettent en rien la fiabilité et la stabilité du réseau. Des pays comme la Roumanie et la Pologne dont la production d’électricité provient en grande partie du charbon, sont d’ailleurs les bonnets d’ânes du classement établi par le Conseil Européen des Régulateurs de l’Energie. Tous les feux sont au vert pour voir la vie en vert !